L'Histoire de Pipper

 

Ce jour là, elle passait en voiture pour rentrer chez elle, elle était arrêtée à cause du feu rouge, juste devant l’animalerie où j’étais exposé, machinalement elle a jeté un œil (elle hait les animaleries, elle dit que les chiens y sont malheureux et elle a raison !).

Moi je suis tranquille dans la vitrine, je suis triste, j’ai quitté ma maman, mes frères et sœurs et je me demande ce qu’ils sont devenus, j’ai longtemps voyagé dans des caisses sans air, serrés les uns contre les autres, les uns par dessus les autres, sans boire et sans manger pendant de longs jours, certains de mes compagnons de voyage sont allongés, morts au fond de la caisse, si j’étais un être humain j’en pleurerais, mais comme tout le monde le sais, les chiens ne pleurent pas, les chiens n’ont pas de sentiments humains, ce qu’il me faut c’est survivre à tout prix !.

Je veux ma maman, je veux encore sentir contre moi la chaleur de son corps épuisé par tant de portées, mais si doux, si chaud. Quand je l’ai quittée j’ai bien vu dans son regard qu’elle allait mourir, et pourtant elle n’a que 6 ans, mais le Monsieur de l’élevage a dit que c’était sa dernière portée, que les petits étaient de moins en moins nombreux, et qu’il allait falloir s’en débarrasser, un laboratoire du coin va la lui racheter au poids, il va l’engraisser une ou deux semaines, puis il va la leur vendre, je suis si triste….. j’ai encore envie de pleurer….. pauvre maman, toute seule dans sa cage, loin là bas, en Europe de l’Est je crois, elle ne peut pas bouger, sa prison est trop petite, ses pattes sont toutes gonflées, elle a mal. Depuis l’âge de 8 mois qu’elle est enfermée là, qu’elle met des petits au monde, sans s’arrêter, à chaque chaleur et elle est épuisée et maintenant elle va finir ses jours comme animal d’expérimentation dans un laboratoire, elle va souffrir et encore souffrir, je suis triste et j’ai toujours envie de pleurer. Je hais les humains, ils sont méchants avec les animaux !

Toujours perdu dans mes tristes pensées, j’entend quelqu’un taper sur la vitre de la boutique, c’est la dame qui était dans la voiture toute à l’heure, alors je me retourne, je la regarde et je vois qu’elle pleure. Elle s’accroupit devant la vitrine, elle me regarde, elle me dit quelque chose, mais je ne l’entend pas et puis de toutes façons je ne la comprendrais pas, je ne parle pas l’humain, je me retourne vers mon compagnon de boxe et je le mord, il m’énerve, mais il m’énerve celui là aussi !

Je vois la dame entrer, elle parle avec la vendeuse, elle lui pose des questions, elle lui donne un petit morceau de papier, depuis trois mois que je suis là je sais que çà s’appelle un chèque mais je ne sais pas à quoi çà sert. La dame pointe son doigt sur moi, je ne veux pas la voir, je me retourne de l’autre côté. Soudain la porte s’ouvre, je me réfugie au fond de la cage, la vendeuse m’attrape, beurk, beurk, j’aime pas leur odeur aux humains, çà sent bizarre. Elle me met dans les bras de la dame, la dame me parle encore, m’embrasse dit que je sens mauvais, ben et elle, elle sent pas mauvais peut être ?

On sort du magasin, j’ai peur, où m’emmène-t-on encore ? La dame monte dans sa voiture, elle me met sur le siège à côté d’elle et on s’en va. J’ai même pas peur, de toute façon je m’en fiche, je ne la regarde même pas. J’ai soudain un espoir fou, peut-être qu’on me ramène enfin chez ma maman !

Au bout d’un quart d’heure la voiture s’arrête, la dame se penche sur moi et me prend dans ses bras, je reste comme une statue, je ne réagit pas, on n’est pas chez ma maman, je ne connais pas cet endroit, je commence à avoir peur, mais je suis fier et je ne le montre pas !

Avec la dame, on entre dans une sorte de boîte qui monte toute seule, j’ai appris plus tard que çà s’appelait un ascenseur. Elle sort ses clés de sa poche et elle ouvre la porte de ce qui semble être sa maison.

A peine rentré, tout plein d’odeurs inconnues viennent me chatouiller la truffe, et parmi toutes ces odeurs bizarres, je reconnais l’odeur d’un autre chien, une odeur qui ressemble un peu à celle de ma maman mais en moins forte, dans cette odeur je ne reconnais pas celles de la peur et de la souffrance, c’est une bonne odeur chaleureuse et très rassurante.

Et d’un seul coup d’un seul, alors que je suis encore en train d’analyser toutes ces odeurs étranges, je vois arriver une tornade, elle est belle, elle a de grandes oreilles toutes droites, elle est noire et feu, son poil est brillant, elle respire la santé et la joie de vivre. C’est alors que la dame me pose par terre et que Nouchka (elle s’appelle comme çà la belle chienne noire), vient me renifler tout doucement, elle me pousse avec sa truffe, elle me renifle , elle m’observe, elle me lèche, elle me parle, là je suis content parce que je comprend, et elle me dit :

- « Bienvenu chez nous, comment tu t’appelles ? »
- « Comment je m’appelle ? je ne sais pas moi, le chien je crois »
- « t’as quel âge ? »
- « heu, 2 mois peut-être »
- « tu viens d’où ? »
- « d’Europe de l’Est je crois, en passant par la Belgique »
- « c’est quoi ta race ? »
- « je suis un Golden Retriever »
- « elle est où ta maman ? »
- « ma maman, elle est loin, elle est restée dans sa cage, là bas…… »
- « qu’est-ce que tu fais là ? »
- « Je ne sais pas Pourquoi je suis là, je ne sais pas ce que je fais là, je suis perdu »
- « t’as une grosse bosse sur ta tête ? t’es blessé ? »
- « oui je sais, j’ai mal, c’est quand les humains m’ont lancé dans la caisse le jour où j’ai quitté ma maman, ma tête a tapé au fond »

Hou la la la, que de questions d’un seul coup, elle est bien gentille la Nouchka, mais qu’est-ce qu’elle est curieuse, mais elle me plaît bien cette chienne, elle a l’air gentille, au fond de moi j’espère que je vais rester un peu avec elle, dormir enfin contre une fourrure amie. Alors la dame me reprend et me pose sur le canapé, Nouchka d’un bon souple et gracieux m’y rejoint, mais elle comprend vite que je n’ai pas envie de parler, alors elle s’allonge à côté de moi, je me pelotonne entre ses grosses pattes et épuisé par tant d’émotions je m’endors.

Lorsque je me réveille une ou deux heures plus tard, il y a quatre humains penchés sur moi, ils me parlent, me caressent :

- « Ne t’inquiètes pas me dit Nouchka, ils ne sont pas méchants, tu n’as rien à craindre ici ! »,

alors je me relève et j’ose enfin les regarder ces humains, ils sont deux jeunes et deux plus vieux, il y a deux garçons et deux filles, Nouchka m’apprend que ce sont le papa, la maman et leurs deux enfants et qu’ici on est bien, que la nourriture est bonne et que ces humains sont plein d’amour à son égard.

Maintenant que je suis reposé, et que les humains vaquent à leurs occupations, Nouchka m’explique qu’elle est là depuis un an, qu’avant elle avait eu quatre autres maîtres, elle a dix-sept mois et elle est croisée Berger-Allemand et on ne sait pas quoi, elle n’a jamais connu son papa. Le fils de la famille l’a rachetée à un SDF. Quand elle est arrivée ici un 2 janvier de l’année précédente, elle avait 5 mois, il faisait très froid dehors, cela faisait plusieurs jours qu’elle n’avait rien mangé, elle était maigre, sale et fatiguée à elle aussi ils avaient dit qu’elle sentait mauvais, alors la dame lui avait donné un bain, elle me dit qu’elle avait adoré çà ! puis elle lui avait donné à manger, et elle avait trouvé çà bon.
Elle me dit aussi qu’elle s’était tout de suite sentie bien et qu’elle savait au fond d’elle-même qu’elle ne repartirai plus d’ici tellement elle avait senti de l’amour chez ces humains là ! Alors le ventre bien plein, tout propre, je m’endors tout contre ma nouvelle amie.

Le lendemain, Nouchka me dit qu’il va falloir apprendre à être propre :

- «comment çà apprendre à être propre, mais je suis propre, à moi aussi la dame m’a donné un bain ! »

- « Non me dit Nouchka pas propre comme çà, juste il va falloir apprendre à ne pas faire tes besoins n’importe où ! »

- « N’importe où ? comment çà n’importe où ? j’ai envie je fais c’est tout, c’est la nature çà, c’est quoi encore cette histoire ? »

Nouchka m’explique qu’il ne faut pas faire ses besoins juste quand on en a envie, qu’il faut attendre que les humains nous sortent dehors. Sortir dehors pour faire ses besoins, mais on ne m’a jamais dit çà avant ! comment je vais faire moi pour attendre qu’on veuille bien me sortir ? Nouchka me dit que je n’ai pas à m’inquiéter que c’est facile de se retenir, que c’est une question d’entraînement. Mais où suis-je donc tombé, voilà maintenant qu’on ne peut plus faire quand on a envie ! Elle m’explique que dès que j’aurai eu tous mes vaccins et dès que j’aurai mangé, la dame me sortira dehors pour que je fasse mes besoins, jusqu’à ce que j’arrive enfin à me retenir, sinon je serai puni !

Après une matinée plutôt calme, ils sont tous partis sauf la dame, elle a l’air gentille, elle me caresse beaucoup, me parle et essaie de me faire jouer, mais je n’ai pas envie de jouer, je me méfie des humains, jusqu’à présent il ne m’ont fait que du mal et puis d’abord j’ai mal à ma tête. La dame s’est aperçu que j’avais une bosse sur la tête, elle me regarde l’air inquiet et dit « mon dieu cette bosse est de plus en plus grosse ! viens mon petit bonhomme, on va chez le vétérinaire ! » Allons bon, voilà encore autre chose, c’est quoi çà un vétérinaire ? ma nouvelle copine m’explique que c’est un médecin pour les animaux et que elle personnellement elle n’aime pas y aller, mais qu’elle est bien obligée, on ne lui demande pas son avis et que de toute manière, si je veux pouvoir sortir dans la rue, il faut d’abord que j’ai tous mes vaccins. Des vaccins ? c’est pas le truc qu’on m’a fait quand j’étais à l’animalerie ? Oui c’est çà ? Oh mon dieu, j’aime pas çà du tout, mais alors là pas du tout ! d’abord çà pique, puis après çà brûle sous la peau, pourquoi ils font çà ! c’est pour pas que tu attrapes des maladies me dit Nouchka.

La dame me prend dans ces bras, on reprend l’espèce de boîte qui cette fois-ci descend, on remonte dans la voiture et c’est parti, direction le vétérinaire. En arrivant chez le vétérinaire, de nouveau je suis assailli par toutes sortes d’odeurs, des odeurs animales de peur, de souffrance, d’excréments, de désinfectant…… brrrrrr je suis terrorisé que va-t-il encore m’arriver ?

Le vétérinaire parle doucement et a des gestes très doux, il examine ma bosse, la trouve bizarre, décide de me passer une radio, constate qu’il n’y a rien d’anormal, alors ils prend une grosse seringue avec une grosse aiguille, il perce la bosse avec la grosse aiguille (Aïe çà fait mal !) et aspire avec la seringue plein de liquide qu’il va faire analyser au laboratoire car il a peur que ce soit du liquide céphalo-rachidien, c’est quoi encore ce mot là ? il me fait peur avec son liquide céphalo-rachidien ! en attendant ma bosse me fait moins mal, la dame me caresse doucement et me parle pour me rassurer. Puis il m’examine sous toutes les coutures, dit que je suis truffé de vers qu’il va falloir me vermifuger, et mettre de la pommade sur ce qui reste de ma bosse, il regarde mes yeux, mes oreilles, ma gorge et même mon derrière, et il me prend la température ! Non mais il est pas net ce type là ! Au secours, je veux rentrer chez moi !

Je me demande si je n’étais pas mieux dans mon animalerie, au moins on me fichait la paix. Ce soir la dame dit qu’elle est inquiète pour ma bosse, qu’elle a hâte d’avoir les résultats, tellement hâte qu’elle est allée porter elle-même le fameux liquide au laboratoire d’analyses biologiques pour que çà aille plus vite, des fois que ce soit grave et qu’il faille intervenir au plus vite ! mais non c’est pas grave, je le sais, d’abord j’ai moins mal.

Cette nuit j’ai mal dormi, j’ai fait des cauchemars, je voyais des grosses seringues partout, je crie, je me réveille, Nouchka inquiète me lèche doucement, la dame s’est levée, elle me demande ce que j’ai, en plus je n’arrête pas de tousser, je n’arrive pas à dormir. Le lendemain matin je tousse tellement que j’en ai vomi mon petit déjeuner et devinez quoi ? on retourne chez le vétérinaire. Re-examen, mon nouveau docteur dit à la dame que j’ai la toux du chenil, et v’lan c’est reparti pour une série de piqûres, j’en ai marre, je suis si fatigué, je veux qu’on me laisse enfin tranquille.

La dame est de plus en plus inquiète, aussi elle suit le traitement à la lettre, c’est long ce traitement, çà dure plus d’un mois et enfin je ne tousse plus, je suis guéri, peut-être que je devrais remercier la dame de s’occuper comme çà de moi, mais c’est plus fort que moi je n’arrive pas à l’aimer. Nouchka essaie de me raisonner, elle me conseille de jouer aussi avec les humains et pas seulement avec elle, il faut qu’elle me laisse un peu de temps, je ne sais pas encore si je peux leur faire confiance, il m’arrive même de grogner quand j’ai peur ou que je ne comprend pas ce qu’ils veulent et alors Nouchka me gronde, elle dit que çà n’est pas bien, qu’il faut les respecter, qu’ils sont nos chefs, que c’est grâce à eux que l’on mange tous les jours, que l’on dort au chaud et qu’ils nous protègent. Eux les chefs, j’y crois pas ! le chef ici c’est moi et je vais le leur montrer un peu de quoi il retourne ! Nouchka est découragée elle ne sait plus comment s’y prendre avec moi.

Aujourd’hui, la dame est partie travailler a dit Nouchka, nous ne la reverrons que ce soir mais le monsieur lui il rentre le midi et il nous sort pour faire nos besoins. Pour faire plaisir à Nouchka, j’ai appris à être propre en un mois seulement et je ne fais plus partout, c’est vrai que c’est sympa de sortir se promener, moi j’aime bien çà, pourtant au début j’avais très peur, et je ne voulais pas avancer, en plus ils m’avaient mis un collier et une laisse, çà me gênait, je croyais qu’ils voulaient m’étrangler, en plus il y avait beaucoup de bruit, plein de voitures, ils ont été patients avec moi et maintenant çà va mieux.

Cela fait maintenant trois mois que je suis ici, j’ai appris à reconnaître les gens de la maison et dorénavant quand je parle d’eux avec Nouchka je les appelle maman et papa et les enfants par leurs prénoms, quant à moi ils m’ont appelé Pipper parce que je suis né l’année des « P », j’aime bien Pipper çà sonne bien ! Je réussis même à être un peu plus confiant, mais je n’aime pas trop quand ils approchent leurs mains de ma tête, j’ai toujours peur qu’ils me frappent, Nouchka a beau me dire qu’il n’y a pas de danger, je reste quand même sur ma réserve, on ne sait jamais !

Plus le temps passe et plus j’apprend à apprécier les humains, j’ai toujours du mal à les comprendre mais avec le temps çà s’arrange, d’autant plus que maman s’initie au langage canin, c’est plus facile pour elle de comprendre ce que je veux que pour moi, mais bon çà pose encore quelques petits problèmes de communication.

J’ai beaucoup de mal à rester tranquille quand ils s’en vont travailler, et en attendant leur retour je m’occupe comme je peux, je ne comprend pas eux ils disent que je fais des bêtises, moi je dis que je m’amuse. Nouchka me dit que j’ai beaucoup de chance car on ne peut pas me punir vu que je fais toujours çà quand ils sont absents, en plus du coup papa et maman doutent et ne savent plus si c’est Nouchka ou moi qui fait des bêtises. En dix-huit mois de temps, j’ai mangé les CD, les cassettes vidéo, le revêtement de sol dans l’entrée, le couloir et la salle-de-bains, le canapé en cuir du salon, les pieds de la table, l’assise des chaises, le téléphone, le mur du salon et plein de petits trucs divers et variés, mes maîtres sont désespérés, le vétérinaire appelle çà de l’hyper-attachement.

Je crois que le coup du canapé a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase comme on dit, du coup ils ont décidé de quitter l’appartement pour une maison avec un jardin. Hourra, je suis drôlement content, on va pouvoir être dehors tout le temps ! En fait, ils n’ont rien compris ces humains c’est pas de l’hyper-attachement que je leur fais, il est nul ce véto ! c’est du chantage : soit je sors dehors, soit je démolis tout ! Ils ont enfin compris, ils ont été longs au démarrage et après çà on dit que les humains sont des êtres intelligents, permettez-moi d’avoir un doute.

Aujourd’hui j’ai 18 mois et on vient de s’installer dans notre nouvelle maison, c’est super y’a un jardin ! pas immense mais un jardin quand même où on a la place de courir comme des fous, ah les belles parties de cache-cache qu’on fait avec ma Nouchka ! Je ne fais plus
beaucoup de bêtises, à part manger les branches des arbres, les fleurs et faire de gros trous dans la pelouse, mais maman et papa disent que çà n’est pas trop grave, que de toutes les façons le jardin c’est pour nous et qu’en plus on arrive jamais à me prendre en train de faire la bêtise alors çà ne sert à rien de crier, pourtant ils ont les preuves que c’est moi, mes pattes sont pleines de terre et j’ai souvent des morceaux de bois entre les dents. Pour qu’un chien comprenne qu’il a fait une bêtises il faut le prendre en flagrant-déli disent les éducateurs, donc comme je suis un petit rusé, je m’arrange toujours pour faire mes bêtises quand ils ne sont pas là, comme çà je suis tranquille ils ne peuvent pas me punir ! je suis un gros malin moi !

Maintenant je peux presque dire que je suis heureux, mais il y a encore un hic dans mon comportement qu’ils disent mes maîtres. C’est que je ne supporte pas les autres chiens, maman dit toujours qu’elle aurait dû s’en rendre compte tout de suite, vu qu’à l’animalerie, j’ai passé mon temps à donner des volées à mon compagnon de misère, qu’elle aurait dû y voir un signe de mon caractère « dominant »

Dans ma vie de tous les jours, il y a un autre chien, il s’appelle « Gros Doudou », c’est un rottweiller, un « monstre » de 50 kg, maman dit que c’est bien un monstre mais un « monstre de gentillesse », ben gentillesse ou pas je ne peux pas le voir. Quand il vient à la maison, il passe son temps à faire des câlins à Ma Nouchka, mais pour qui il se prend ce gros lard ? la Nounouche elle est à moi, même si c’est lui qui l’a connue le premier, c’est moi qui vit avec elle, pas lui ! JE LE HAIS …… dès que je l’aperçois, c’est plus fort que moi, je lui fonce dessus. En plus il est pas si fort que çà, j’ai quand même réussi à le mordre et à lui faire mal, lui tout ce qu’il sait faire c’est de rouler des épaules et de me plaquer par terre, après il me lâche, il croit que je suis soumis, soumis moi ? ben il me connaît mal, du coup quand il vient à la maison, on m’enferme dans la cuisine. Maman dit que c’est de ma faute que c’est moi qui attaque, du coup elle a décidé de m’éduquer ????? m’éduquer ? m’éduquer à quoi ? Moi je suis un mâle moi, un vrai de vrai, et je ne veux aucun autre mâle dans mon champs de vision et à moins d’un kilomètre de ma Nounouche.

Ben voilà, c’est gagné Nounouche et moi on est en phase d’éducation ! maman a dit qu’elle faisait trop d’anthropomorphisme et que çà allait changer. C’est quoi çà de l’anthropomorphisme ? Nouchka m’explique que c’est quand les humains croient que les chiens pensent et raisonnent comme eux, ce qui n’est bien sûr pas le cas ! En plus maintenant maman elle est en plein dans le milieu du chien, elle se passionne pour notre langage, elle cherche toujours à comprendre et à analyser le pourquoi du comment. Ah c’est gai, on ne peut plus rien faire maintenant !

Ella a changé mon lit de place, de l’entrée je suis passé au salon avec Nounouche, loin des allées et venues, je ne peux plus rien surveiller, Nounouche et moi on n’a même plus le droit de monter dans les chambres pour passer la nuit, elle accepte tout juste que je vienne la réveiller le matin ! dur dur….. Nouchka dit que tout çà c'est ma faute... et puis quoi encore ?

Bon pour la gamelle, elle a toujours fait ce qu’il fallait, jamais on ne mange avant eux, toujours après, j’ai même appris à ne rien leur réclamer quand ils sont à table, çà ne sert à rien, ils me disent de me coucher et de ne pas bouger, bon vaut mieux obéir sinon je prend une claque sur le museau, même si çà ne fait pas mal c’est humiliant. En plus elle dit que c’est Nouchka la Chef par rapport à moi, qu’elle était là avant moi et du coup c’est elle qui est servie la première ! enfin bon le principal c’est qu’on ne m’oublie pas.

Quant papa et maman rentrent le soir, moi j’aime bien leur faire la fête, leur mettre les pattes sur leurs épaules, histoire de leur montrer que c’est moi le plus fort ici, eh bien même çà maman elle ne veut pas, elle me vire dans le jardin et puis un quart d’heure après, elle m’appelle en me demandant de lui dire calmement bonjour, elle ne sait pas ce qu’elle veut, enfin si elle le sait : ELLE NE VEUT PAS QUE JE LUI SAUTE DESSUS, elle dit que c’est une attitude de dominance et qu’elle ne l’accepte pas, j’aimais mieux quand elle ne parlait pas mon langage, au moins je pouvais faire ce que je voulais.

J’ai même plus le droit de lui donner la patte sans sa permission, elle dit qu’il faut que ce soit elle qui me le demande, que là encore c’est un signe de dominance (elle voit de la dominance dans toutes mes attitudes ! je sais qu’elle a raison, je suis un dominant). J’ai plus le droit de lui demander de jouer avec moi, maintenant c’est elle qui décide de quand je dois jouer, j’ai pas forcément envie moi, mais c’est comme çà, maintenant c’est elle qui décide de tout, je m’incline de toutes les façons je n’ai pas le choix, c’est elle la chef qu’elle dit ! Je préfère jouer avec les enfants au moins eux ils se laissent dominer, et si ils résistent je sais qu’un petit coup de dent remet vite les choses en place. Devinez quoi ? et bien là aussi il faut qu’elle intervienne, qu’elle explique au petit humain qu’il ne faut pas faire ceci, qu’il ne faut pas faire cela, qu’il faut faire attention, qu’un chien est imprévisible, qu’on ne sait pas toujours comment il va interpréter tel ou tel geste, qu’un chien ne raisonne pas comme nous et patati et patata et blablabli et blablabla…. Résultat même avec les petits humains je ne peux même pas être le chef.

Depuis deux ans maintenant, les choses ont beaucoup changées pour moi : je n’ai plus le droit de monter sur le lit ou le canapé quand mes maîtres y sont, je dors dans un coin où je ne peux rien surveiller, je mange après eux, je ne leur donne la patte que lorsqu’ils me le demandent, je ne leur saute plus dessus pour leur faire la fête, j’attend qu’on me sollicite pour jouer, j’attend qu’on me le dise pour sortir dehors, si je grogne pour montrer que je ne suis pas content, maman me prend par la peau du coup et me secoue en me disant NON !, si je n’obéit pas tout de suite elle me plaque au sol jusqu’à ce que je me retourne sur le dos pour faire signe de soumission, je n’ai pas le droit non plus de la regarder dans les yeux, elle dit que c’est de la provocation et me force à baisser les yeux, du coup je la regarde seulement quand elle ne me voit pas et dès que c’est elle qui me regarde je préfère baisser les yeux, après tout c’est elle la Grande Chef, je le sais maintenant, je l’accepte, elle a fait ses preuves, elle mérite d’être la « dominante » de notre meute, je la reconnais comme mon leader, je cherche de moins en moins à discuter ses ordres et il faut bien le dire que tout va bien mieux entre nous maintenant, même si des fois j’aimerai bien être le chef, mais être chef c’est des responsabilités, après tout j’ai qu’à me laisser vivre, la VIE EST BELLE QUOI depuis que je suis un chien bien éduqué, j’ai trouvé ma place.

Mais bon, je sais que maman n’en a pas fini avec moi, il faut encore qu’elle arrive à canaliser mon agressivité avec les autres mâles et j’avoue que là aussi je me calme un peu.

Lorsque l’on se promène dans la forêt j’arrive presque à faire semblant de ne pas voir les autres chiens que je croise. Je crois que j’ai tout à y gagner. Maman a dit que lorsque j’arriverai enfin à me maîtriser, alors peut être qu’elle me lâchera que je puisse courir, mais bon il y a encore du travail à faire et en attendant c’est un peu dur pour moi, dès que je croise un autre chien, forcément je le regarde dans les yeux, je grogne, je mets ma queue toute droite, je hérisse les poils de mon dos, mais lorsqu’elle me voit faire çà, maman m’attrape par la peau du cou en me plaquant par terre et en disant « NON, tu ne l’as pas vu, tu l’ignores…. » et dès que je suis calmé elle me relâche, quand au bout du 10ème chien, j’arrive à ne plus les voir elle me félicite et me donne un biscuit et moi je suis fier d’y être arrivé.

Je crois que maman a raison quand elle dit qu’un chien bien éduqué, qui connais sa place de chien est un chien heureux, parce que moi maintenant je suis fier de dire que je suis heureux et que j’ai eu beaucoup de chance de tomber sur maman, parce que avec le caractère que j’ai, si j’étais tombé sur quelqu’un qui croyait que les chiens pensaient et agissaient comme des humains, il y a longtemps que je me serais retrouvé derrière les barreaux d’une prison à la SPA ou pire encore, mort par piqûre parce que j’aurais mordu quelqu’un.

Mais bon tout çà c’est pas non plus de ma faute il paraît. J’ai été enlevé trop tôt à ma mère canine, elle n’a pas eu le temps de m’apprendre tout ce que je devais savoir, en particulier sur le langage de mes semblables. Maman va essayer de réparer tout çà, mais je crois que rien ne pourra arranger les dégâts que les humains ont fait, à seules fins de ramasser beaucoup d’argent. Ils ont fait du mal à ma mère, il m’ont fait du mal à moi ainsi qu’à mes frères et sœurs. Maman dit que plus jamais elle ne se laissera attendrir par un chien derrière la vitrine d’une animalerie, que dorénavant lorsque Nouchka et moi auront regagné le paradis des chiens, elle achètera ses futurs chiens dans un bon élevage